Il l’avait connu dans des circonstances formidables.
Il avait fait une partie de ses études en Chine. Un jour il y avait vu cette femme resplendissante et l’avait suivi. Lorsqu’elle s’est assise sur un banc, il resta à distance et s’adressa à elle dans son meilleur chinois. «你有一件漂亮的衣服», lui dit-il, sur un ton timide. La femme ne réagit pas. Elle était …Coréenne. C’est l’autre, celle d’à côté qui se retourna et lui adressa un sourire. C’est comme ça qu’ils sont devenus amis. Aujourd’hui, elle habite à New-York. Il regarde la photo qu’il a gardé toute une vie et qu’il a emportée dans son nouvel appartement. Il avait vendu sa maison. De la recette de la vente, il a dépensé une moitié pour s’acheter un appartement. L’autre moitié ,il l’avait mis de côté pour son pèlerinage. Il avait prévu d’aller la voir. Puis il y a eu le cœur qui a lâché. Au moment où il devait partir. Deux ans de traversée du désert. La photo lui servait de luciole, de goutte d’eau pendant la traversée. Finalement il arrive à remarcher avec une canne. Il est heureux. Cet été, quand ce bordel de virus sera fini, elle viendra le voir en France.
Ton visage était crispé. Tu ne comprenais pas pourquoi. Tu es restée enfermée des heures dans ta colère. Elle a respecté ton silence. Vous rouliez depuis bientôt trois heures et tu t’es endormie. Lasse d’avoir tant pleuré, de t’être tant battue.
Quand tu t’es réveillée, la nuit était tombée. Vous rouliez vers ailleurs. Tu avais peur. Un seul sac sur le siège arrière dans lequel tu avais jeté rapidement quelques fringues, un carnet, ton mp4 et un livre.
Elle donna un coup sec dans l’auto-radio. Il commença à grésiller. Les premières notes s’égrenèrent lentement. Elle fredonna … près d’un lac, je m’étais endormie … Malgré ton angoisse, tu as laissé la musique t’envelopper, cette chanson si souvent entendue te réconfortait.
Ta grand-mère avait toujours été comme ça. Impulsive et douce à la fois. Ton cocon et ta prison.
Tu frissonnas. Elle te tendit un thermos de café. Tu esquissas un début de sourire, vite effacé par le gout âpre du café.
Tu allumas ton portable. La messagerie clignotait mais tu l’ignoras. Tu déclenchas ton appareil photo pour garder une trace de cette nuit, de la vitesse à laquelle vous la traversiez. Vos vies ne seraient plus jamais les mêmes. Tu te rendis à l’évidence. Partir était la seule solution.
L’homme, infime partie du cosmos, quantité infinitésimale à l'échelle de l’univers, microscopique. Pourtant, il a eu la chance de naître sur la planète terre, une planète éclatante de couleurs, foisonnante d’êtres vivants, bouillonnante de vie et de diversité. Le passage de l’homme sur la terre n’est guère plus qu’un claquement de doigt à l’échelle de l’humanité, moins qu’un battement de cils à celle de l’univers. Il passe. C’est justement cette fugacité de son passage qui en fait toute la vulnérabilité, la poésie et la beauté…
Face à l’immensité de la mer, à la majestuosité des pierres, à la splendeur des éléments, au pouvoir de la nature mélangeant force et fragilité : l’homme ressent un sentiment de liberté, de grandeur, il a l’impression de faire parti d’un tout. Il voit la mer aux couleurs changeantes, toujours différente et pourtant la même, mer calme ou tumultueuse mais toujours débordante d’énergie, il voit la mer et les pierres changer de couleur selon le temps. Il sent l’iode, les algues. Il entend les vagues se fracasser contre la roche, les oiseaux se saluer et parfois la pluie s’écrasant sur les marches de la chaussée. S’il fait attention, l’homme peut goûter le sel sur ses lèvres. Il touche les pierres humides mais surtout il touche du doigt une partie d’histoire, de présent et de futur. Face à ces marches que la légende veut façonnées par un géant, l’homme se sent vivant.
L’homme se sent vivant, faisant partie intégrante du cosmos. Alors, il sort son appareil photo, son téléphone ou même son carnet à croquis et capture un instant de vie, d’humanité, d’univers. Il gardera la photo sur lui ou la jettera, la regardera souvent ou l’oubliera, la gardera pour lui ou la montrera à tous. Mais il se souviendra de ce moment, de s’être senti complet, à sa place, en harmonie avec la terre.
Un couple... Sous un cerisier... Un cerisier en fleurs....
Un couple sous un cerisier en fleurs.
La femme rit aux éclats, l'homme plus réservé est un peu en retrait, mais un sourire satisfait illumine son visage. Les deux font face à l’objectif et nous regardent les regarder.
Un couple, sous un cerisier en fleurs. Un instant de bonheur, pour l'objectif, une photo de vacances, de celles qui font remonter tant de jolis souvenirs lorsque l’on tombe dessus. On sait qu’ils étaient au Japon, que c’était leur deuxième voyage là-bas. C’est un message doux que l’on reçoit quand on y jette un oeil. La photo est là, dans la porte d’un petit frigo pas branché, transformé en étagère, dans une caravane. Dans une ambiance feutrée et orange un peu surannée, il y a une photo. Celle d’un couple sous un cerisier en fleurs au Japon.
On plonge dans la photo, on s’y noit, on se prélasse sous des pluies de pétales.
C’est un instant éternel, on décide qu’il n’y a rien avant et rien après. Oui rien après, c’est mieux comme ça, personne ne disparaît ...
Dans la porte d’un frigo pas branché, il y a un couple sous un cerisier en fleurs. Pour toujours.
D’abord, ce fut une lumière intense.
Doucement, il se mit à distinguer son environnement ; cela lui sembla être une chambre d’hôpital. Il se redressa, oui, il était bien à l’hôpital. Tout à coup jaillirent des soignants portant masques, lunettes, combinaisons ; tout un attirail qui ne lui paraissait pas familier. Il les entendait, mais ne parvenait pas à les comprendre, c’était comme des sons venus d’ailleurs. –" Monsieur » – " Vous avez été en état végétatif depuis 15 ans » –" Suite à une hémorragie… consécutive à une m.a. v » – " Vous avez l’air en pleine forme » – « C’est pas le bon jour, c’est l’état d’urgence » – " Vous devez quitter l’hôpital » –" Prenez, ce sont vos affaires et portez ce masque » – " Bonne chance ». Alors qu’ils lui parlaient, il s’était levé et approché du miroir. Qui était cet homme qui le regardait ?
Dans le sac, il avait trouvé une adresse et une clé, il se tenait maintenant devant la porte. Il n’entra pas. Il contourna la maison, traversa le jardin, se dirigea vers son refuge, posa fébrilement la main sur la poignée, s’arrêta – bousculé par les souvenirs – puis ouvrit la porte. Et, enfin. Il se vit lui, là sur le mur, avec, oh… Clarisse. Il ne se souvenait pas de cette photo. Ah ! Si, c’était ce jour au vent salé sur la plage. Ce fameux jour où il avait effleuré sa peau, goûté ses lèvres ; où il s’était imbibé de chaque effluve de son corps, palpé ses chairs tendres et s’était enfoui en son secret. À cet instant, il tressaillit, dans un frisson, son corps se rappelait ; sa première fois. Il avait vaguement l’image d’un coucher de soleil lové dans le chaud de ses seins, puis le noir. Il avait aimé, pas suffisamment, voilà pourquoi il était en vie.
Il entendit un bruit derrière lui, il se retourna, elle était là ! Pas celle de la photo, celle d’aujourd’hui. Oui ! La lumière dans ses yeux, c’est ce qu’il voyait depuis 15 ans ; et elle brillait toujours.
Forêt de Fontainebleau, plein automne, feuilles mortes qui craquent sous les pieds, un tronc d’arbre couché. Allongée dessus, une jeune femme en jupe courte plissée à carreaux bordeaux et jaune moutarde, longs cheveux auburn détachés, sourire au lèvres, un air de malice dans le regard.
Léna aime cette photo de sa mère. Elle lui ressemble beaucoup, même si sur son propre visage les traits de son papa se sont mêlés à ceux de sa maman. Douze ans déjà sans elle. Depuis, Lena a eu le temps de changer de métier, monter et faire couler une société et devenir mère au foyer.
Pas facile de naviguer à vue, sans repères. Sans mère. Aurait-elle emprunté les mêmes chemins si sa maman avait été là ? La plupart du temps évidemment elle n’y pense pas, elle avance, elle lui rend hommage en faisant sa tarte au citron et aux amandes, elle continue sa vie, elle n’a pas le choix. Mais quand elle a vu son ventre s’arrondir, quand elle a su qu’elle allait devenir maman à son tour, la douleur du manque s’est réveillée. Sa maman aurait été tellement heureuse de devenir grand mère. Quand Léna avait dépassé les 3 ans de vie commune avec son amoureux de fac, elle leur avait offert deux lapins en bois, un mâle et une femelle, habillés de couleurs pastels.
Toutes les deux, elles avaient une relation qui faisaient dire à beaucoup : « Faudrait couper le cordon, non ?! ». Parfois la vie s’en charge. Et c’est toujours trop tôt.
Parfois, en fouillant dans son porte-monnaie, elle ne pouvait pas s’empêcher de s’attarder sur cette photo d’identité qu’il lui avait laissé sans qu’elle comprenne bien pourquoi. Mais étant la seule image de lui qui ne soit pas digitale, elle l’avait gardée.
Portrait tiré un jour de peu de gloire, juste avant un de ces rendez-vous administratifs qui multiplie(nt?) la gravité par trois, entre deux engueulades, on peut dire qu’il n’y était pas à son avantage. À sa décharge, les photomatons n’ont jamais montré le meilleur profil de qui que ce soit, surtout sous de tels auspices.
Mais elle aimait observer le regard droit et strict, figé sur cette photo voulue sans vie. Elle savait comment ces yeux-là oscillaient entre céleste folie et rigueur terrenale. Elle se rappelait comment c’était d’embrasser cette peau-là, juste au coin de la narine et au-dessus de la moustache. Cette moustache de pirate qui lui donnait envie de prendre les voiles, et qu’elle s’était faite prêter à plein d’occasion, à chaque baiser reçu ou dérobé.
Mais en s’attardant sur ces sourcils froncés, elle frémissait en se rappelant de cet amour dur, dur comme un minéral, qui rassure autant qu’il blesse.
Le cliché quitta le porte-monnaie pour finir dans une boîte. Cette quarantaine générale serait peut-être son salut : elle pourrait panser ses plaies, trier les souvenirs, leur histoire, leurs engueulades et leurs joies, et oublier cette foutue moustache qu’il était parti prêter à d’autres.
Elle pénètre dans l’atelier, une belle pièce lumineuse autrefois ordonnée. Rien n’est à sa
place, un amoncellement de papiers écrase le bureau, des tableaux inachevés aux couleurs
oubliées, les coussins sont avachis, les plantes ont soif et les toiles d’araignée frémissent.
Avec l’énergie du petit matin, Marie s’avance, ranger un peu tout de même !
Et là, elle l’aperçoit, la photo prise il y a… 40 ans ! Le cadre de bois a pris des piquetis de
mouches, la vitre en Plexiglas est rayée. Habituellement, Marie n’aime pas encadrer les photos, c’est fastidieux et on s’en lasse.
Il a 5 ans en culotte courte jaune soleil et sweat du même ton. Il trône sur le rebord d’un
massif de fleurs à une bonne hauteur d’homme, ses petites baskets dépassent dans le vide etaccentue la précarité de sa position. Il a saisi un tuyau d’arrosage en plastique vert et regarde l’eau s’écouler. Il est vraiment perché comme un oiseau lumineux, la courbe douce de sa nuque contraste dans le ciel bleu. Derrière lui au loin, les collines protègent . Il a l’air sérieux des gamins qui font des bêtises, dans l’action ils oublient leur forfait ; un petit garçon libre qui fait ce qu’il veut tranquillement.
Elle n’a pu le gronder ce jour-là, et a préféré prendre un cliché.
Marie s’émerveille, les souvenirs sont si doux, Marie s’échappe !
Sur sa chaise haute, elle trône au milieu de la cuisine.
Une main prête à catapulter la purée, l’autre suspendue, le doigt dressé vers le ciel.
Ce midi, son papa l’emmène en voyage. Il adore ça. Il crée des balades sonores et culinaires. Hier, il ont traversé un marché aux fruits sur fond de gong balinais, avant hier, les voix bulgares ont accompagné un ragoût d’agneau… Aujourd’hui, ils foulent les terres d’Afrique du Sud, carottes au cumin dans la cuillère.
Un casque sur la tête, la petite fille rencontre les zoulous et leur chant de célébration. C’est rigolo, cette langue qui claque, qui roule, qui poppe. Et ces voix graves, un choeur de papas qui racontent des histoires en polyphonie. Tout à coup, le grain de l’image devient ocre, transportant père et fille très loin, sur une place de village. Leurs pieds s’animent, battent la terre rouge en rythme. Les particules se soulèvent. La purée part.
Hep ! Stop! Arrête ! Tu me déplaces aux caprices de ton plumeau à poussière -rarement, je te l’accorde- mais cette fois tu n’y échapperas pas. Tu vas bien être obligée de me faire un sort, puisque tu as décidé de mettre de l’ordre ! Je sais, tu n’aimes pas les photos, sauf celles des enfants peut-être, et encore seulement les bouilles souriantes sans l’arrière plan qui te jette à la figure le passage des ans…
Regarde moi : oui, je porte les marques du temps, mon noir et blanc vire au sépia et mes bords dentelés sont passés de mode. Mais c’est toi qui m’as prise, il y a combien d’années au fait ? Oublie ! Le temps écoulé n’a pas d’importance. Avec quel appareil? Esquive la question.
Regarde moi. Tu as fixé un Instant Unique sur l’axe du temps : trois Grâces en blouse bleues, trois copines souriantes sur fond de lycée moderne et d’arbres maigrichons : Annie la Blonde si douée, Sylvette la boute en train et la troisième… comment s’appelle-t-elle déjà ? Qu’importe son nom. C’est elle, souviens toi, qui a déclenché votre fou-rire mémorable sous les fulminations du prof de philo : interrogée sur l’ouvrage essentiel de Kant le philosophe, elle a bafouillé la réponse fatale « la Cripure de la Raison Tique ! »
Alors, n’aie plus peur de moi, la vieille photo jaunie. Je ne suis pas dangereuse.
Tu vois bien que je suis le Présent.
Ne m’enferme surtout pas dans un album que tu n’ouvriras plus…
Laisse moi vivre ma vie dans ton désordre, au gré de ton plumeau.
Et soudain ce regard qui capta son attention. Ce regard brillant, joyeux et déterminé qui lui
fit l’effet d’une claque. Une claque parce que lui seul savait ce que ces deux yeux sombres
cachaient derrière un masque de bonheur apparent. Ce regard, sur le polaroïd épinglé au
mur, subissant l’érosion du temps et passablement recouvert de dessins et de papiers
divers, c’était le sien.
Il se souvenait parfaitement du moment précis où l’appareil photo avait immortalisé son
sourire vacillant alors qu’il étreignait ses enfants pour ce qu’il craignait être la dernière fois.
Cette photo, c’était celle qu’il voulait emmener avec lui avant de se livrer corps et âme
dans la bataille, comme un ultime souvenir. Il se rappelait cette étreinte fébrile, cette peur
de ne plus jamais les revoir.
Épinglée au mur parmi des dizaines d’autres papiers, la photo était là depuis ce qu’il lui
semblait être une éternité. Et pour la première fois depuis longtemps, il avait posé les yeux
dessus. Pourquoi ce regard le happait-il maintenant ? Au fond de lui, il pensait le savoir.
Elle était le symbole de sa victoire. Ce jour-là, il avait gagné. Malgré l’adversité, il était
rentré sain et sauf du supermarché, avec le dernier rouleau de papier toilette.
Elle s'est fait belle et elle a revêtu sa plus belle jupe. Une jupe ! Elle, le garçon manqué qui joue aux billes, aux petites voitures et qui se dépense sans compter au ballon prisonnier dans la cour de récré. Elle qui revient de l'école avec les genoux écorchés, éraflés. Petite fille aux pantalons souvent usés aux genoux et que sa mère raccommode avec des gros morceaux de cuir, comme en témoignent de nombreuses photos de classe. Elle porte aussi ce beau chemisier à fleurs dont elle est si fière, tant cette preuve de féminité est rare dans sa garde-robe. Oui, elle s'est fait belle. Elle a enfilé son beau bracelet d'argent et a fait ressortir sa chaîne en or, au bout de laquelle on peut apercevoir sa médaille de baptême. Elle l'aime ce pendentif que sa grand-mère maternelle a fait graver. C'est étrange comme elle l'aime : non seulement il y a une erreur sur son prénom ( un « c » au lieu d'un « k », elle qui passe sa vie à préciser « avec un k » quand on lui demande son prénom), mais en plus, elle est une athée fervente et acharnée.
Son frère est tout beau aussi avec sa raie sur le côté. Tous les matins, il a droit à un coup d'éponge énergique sur le visage ! Si énergique qu'il grimace. Il brille presque dit-on dans la famille. Cela les fait beaucoup rire, lui beaucoup moins. Elle, cela la dégoutait un peu de savoir qu'on nettoyait le visage de son frère avec l'éponge qui avait servi à tout dans la cuisine !
Les voilà réunis tous les trois sur le balcon de leur appartement, à Casablanca, « angle rue Péronne et Dellys ». Cette adresse résonne encore, même trente-sept ans après. Cela doit être l'hiver.
Pourquoi les a t-on fait poser là, tous les trois ? Elle ne sait plus. Elle se rappelle juste que ses parents étaient passionnés de photos et développaient eux-même leurs photographies noir et blanc en les trempant dans des bacs étranges, dans la petite salle de bains de l'appartement. Qu'il était alors strictement interdit de rentrer dans cette pièce calfeutrée où régnait une inquiétante lumière rouge. Elle se souvient juste de l'odeur des produits, des photos qui séchaient sur un fil. Parfois elle avait le droit d'être présente dans ce labo improvisé, et elle était impressionnée par cette ambiance, cette odeur et ces images qui apparaissaient petit à petit.
Cette photo dans la cuisine, c'est une photo pleine d'amour et de complicité. Ces mains qui se mêlent, qui se tiennent, qui semblent dire « on se protège », «on s'aime». Les mains de Fatima qui les entourent. Ces petites mains de la grande sœur. Fatima est là, partout, tout le temps, tous les jours. Elle a passé huit ans de sa vie avec elle. Fatima s'occupait d'elle jusqu'à ce qu'elle soit en âge d'aller à l'école. Fatima l'a gardée quand ses parents sortaient le soir. Fatima était là tous les jours, du matin au soir. Elle aimait quand Fatima cuisinait son merveilleux couscous ! Elle le disait à tout le monde à l'école. C'était comme un jour de fête ! Fatima était venue passer un été au Pays Basque avec eux, car elle rêvait de voir la France mais elle n'avait pas tellement aimé ce pays, Fatima. Et un jour tout s'est arrêté. Il a fallu partir, se quitter, quitter ce monde familier dans lequel elle vivait depuis qu'elle avait deux ans, donc à vrai dire depuis toujours. Elle n'oubliera jamais les cris, les pleurs de Fatima quand il a fallu se dire au revoir ou plutôt adieu, car tout le monde comprenait que c'était à jamais. Elle n'oubliera jamais ces effusions, ces griffures sur le visage, ces bras qui la serrent si fort qu'elle croit étouffer. Elle n'oubliera jamais ces mots hurlés : « Vous êtes mes enfants ! Ne prenez pas mes enfants ! ». C'est ce qu'elle entend, c'est ce qu'elle voit chaque fois que ses yeux s'attardent sur cette photo dans la cuisine, cette photo qui fane, cette photo qui la ramène au Maroc, à son enfance, à l'insouciance.
C'est une simple photo qui fane dans la cuisine, la photo de Fatima.
Nuit blanche, pas envie de dormir, besoin de s’aérer… Ils embarquent leur fidèle compagnon à quatre pattes et direction la plage. A 6 heures du matin il n’y a pas foule, tu m’étonnes ! Elle , toujours scotchée à son appareil photo, lui a besoin de se vider la tête et le chien a une envie irrépressible de se défouler. Rien n’était prémédité ! Ce magnifique cliché non plus d’ailleurs ! Comment deux être aussi imparfaits peuvent ils être le sujet d’une photographie aussi parfaite? A n’en point douter ce sont les yeux qui regardent qui donnent cette sensation de perfection. Les yeux de l’amour, de la tendresse, de la nostalgie , du chagrin,... C’était le temps de l’insouciance, de la liberté, celui du bonheur. Quand elle repense à cette journée, elle se demande si elle lui a dit. Elle l’aimait, elle l’aime toujours. Elle essaye de se rappeler, elle ne se souvient pas, est ce qu’elle lui a dit? est ce qu’elle lui a fait comprendre avec des gestes? Elle n’arrive pas à se souvenir.
Cliché magnifique, photo cruelle, lui et leur chien. Le chien est resté, lui s’en est allé. Il est devenu sable ou a-t-il préféré rejoindre les étoiles? Peut-il admirer les vas et vients des vagues sur le sable ? Cela on ne le saura jamais.
C’était Lui, c’était Elle, c’était leur petite famille, c’était avant la collision.
Une estrade flanquée devant un tableau noir, deux intellos penchés sur un livre de philo…
Trop sérieux pour que ce soit sérieux… zont l’air cloches ces deux potaches lunettés à la moue dubitative et mal emmanchés dans leurs manteaux !..
Oui oui, c’est moi, le mois de mars 1969 ! Je me rappelle à ton bon souvenir plus de 40 ans plus tard, au hasard de ton farfouillage dans une vieille boite en fer…
La T.A.4.3 , terminale A. La presque apothéose d’une si belle année entre potes, fous rires, déceptions, émois amoureux (à l’époque on rencontrait le loup un peu plus tard) et discussions sans fin nécessitant d’interminables allers retours entre le lycée et le domicile des uns et des autres…
Potaches, sûr, vous l’étiez…
C’était un vendredi, le prof de philo se faisait attendre. Alors avec Didier, Christine et quelques autres potes de ta classe vous avez improvisé des scénettes chacun à votre tour sur l’archaïque estrade…
Qui tenait l’appareil photo ??? Où êtes vous 40 ans plus tard ?...
C’était un vendredi, le prof de philo se faisait attendre…le vendredi c’était jour de marché…, vous avez griffonné sur le tableau : « nous sommes au marché » et quand vous en être revenus le prof avait écrit : « moi aussi »…
C’est un petit format carré, encadré de bois, un peu passé, un peu jauni. Sous un ciel bleu d’enfance, une ferme ardéchoise. Robuste, mais un peu déglinguée comme le sont souvent ces maisons de paysans. Si on s’approchait un peu, on verrait sans doute quelques poules picorer dans la cour, les clapiers sous la remise et plus loin, la volière aux pigeons. Le bateau amiral, comme tu l’appelais. Navire immobile dans le grand pré fleuri qui vous protégeait de tous les naufrages.
Cette photo, tu l’as récupérée dans la chambre de l’Ehpad, une fois qu’il a fallu la vider.
C’est toi qui la lui avais posée bien en vue sur sa table de nuit. À quoi bon des portraits de ses filles, de ses petits-enfants. Sa maison était son trésor ; le puits d’eau fraiche en était source de vie, les collines et les vignes, un havre pour son âme tourmentée.
Toi qui n’aimes pas les photos exposées aux yeux de tous, tu avais choisi ce cliché pris le jour de tes quatorze ans.
L’a-t-elle reconnu seulement, cette photo, votre capitaine foudroyée ?
Depuis, l’épreuve fanée gît chez toi, sur un coin d’étagère poussiéreuse, discrète, si discrète. Tu ne la regardes plus, ta maison, mais tu sais qu’elle est là. Et qu’elle y restera toujours. Telle qu’en ce joli printemps de tes quatorze ans.
Bonjour, tous, en ces temps de solitude, voici un petit atelier d'écriture composé des textes d'unevingtaine de participants.
Règle du jeu :
Comme nous allons faire le tour de nos maisons et appartements, ces jours prochains, j’aimerais que vous rédigiez un petit texte, pas plus d’une quinzaine ou une vingtaine de lignes sur le thème suivant :
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Cette photo ...
Photo qui traine dans un vide poche, sur votre frigo, ou sur laquelle vous retombez tout le temps...Vous ne la voyez plus, mais elle est là. Pourquoi? elle dit quoi? elle vous rappelle quoi? description, impressions, etc. Une anecdote?
Souvenirs accrochés aux objets, pensées fugaces, anecdotes, vous avez le droit à tout, sauf à utiliser le « JE ». Pourquoi ne pas utiliser la première personne ? Pour ne pas rester coincé en vous-même. Vous pouvez parler à la deuxième personne [tu] ou à la troisième : il, elle, vous pouvez inventer des trucs, vous êtes libres.
L’écriture est libre. Seulement, on droit traiter le sujet en deux jours maximum
J’aimerais aussi que vous donniez le lien d’une chanson pour agrémenter votre texte. Et éventuellement une illustration, photo ou lien vidéo.