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lundi 30 mars 2020

Severus Rogue



Cape tourbillonnant derrière lui, le Professeur Severus Rogue marchait d’un pas vif et décidé. Les élèves s'écartaient sur son passage, craignant de s’attirer ses foudres. Tous pensaient que leur professeur de potions retournait dans son bureau afin de surveiller les retenues du jour :  faire récurer à la main les chaudrons par les élèves ou faire retirer la bave de crapaud des tables… Severus Rogue ne manquait jamais d’imagination !


En réalité, Rogue avait confié toutes les retenues à ses collègues. Il était en fait en train de se précipiter vers ses quartiers afin d’observer les résultats de sa toute nouvelle création. En d’autres termes, constipé depuis 11 ans, Rogue venait d’inventer une potion qui lui permettrait enfin de se soulager, du moins il l’espérait.


Arrivé dans ses quartiers, il se débarrassa de sa cape, alluma un feu dans la cheminée d’un mouvement de baguette et s’assit dans un fauteuil, potion dans une main et parchemin dans l’autre. Etait-il prêt ? Prêt à accepter la mort de Lily ? Car, pour que la potion fonctionne, Rogue devait penser à elle, à ses cheveux flamboyants, ses yeux verts et son sourire, à sa main tendue. Elle avait été sa seule amie et il l’avait tuée. Il n’était pas prêt. Il ne méritait pas le soulagement.


Une violente douleur au ventre lui coupa le souffle. Plié en deux, les oreilles bourdonnantes, une odeur lui chatouilla les narines. Une odeur de lilas. C’était un signe. Le signe.


Severus Rogue se leva, décapsula la fiole et avala son contenu, une potion grisâtre à l’odeur douteuse et au goût écoeurant. Tout en pensant à Lily, il reposa la fiole sur la table basse. Il devait la laisser partir. Pour elle, pour son fils qui arriverait demain et surtout, pour lui. 


Assis sur les toilettes, plume et parchemin en main, il attendit que la potion fasse son effet. Puis soudain, le soulagement total. L’extase. Libéré d’un poids, Severus Rogue était enfin libre.

Son petit coin


Il n’a jamais apprécié de passer du temps là-dedans.
Quel est cet espace si confiné qu’il doive se plier, contraindre son corps, avant de relâcher ? Il attends toujours le dernier moment pour y aller.
Quels sont ces sons des profondeurs, décuplés par la résonance dans cette boîte creuse ?
Et cette lumière blafarde qui dilate ses pupilles ?
Comment font les autres pour s’y attarder ? Impossible d’ouvrir un magazine, il ne pense qu’à plier son affaire, à la chasser. Et cette vague qui emmène tout, l’a toujours inquiété.
Les commodités sont le lieu de l’évacuation rapide et efficace. Où est-ce que ça part ? Suis-je le seul à m’interroger sur cet intime bout d’existence ? 
Lors d’un week-end à la campagne, faute de toilettes à proximité, il part se cacher derrière un arbre. Il se baisse, lève la tête vers la cime du grand chêne. Les branches, remuées par le mistral, dansent pour lui. Il sent l’air sur sa peau, un fin rayon de lumière lui caresse la nuque. Son souffle s’allonge, il ferme les yeux, soulagé.

jeudi 26 mars 2020

Le frigo dans tous ses états


Ici, le frigo est blanc. Il stocke et conserve les aliments : fruits, légumes, fromages, viandes… Mais aussi des médicaments et des masques de beauté !. Alors, même s’il est l’objet le plus important de la cuisine, le frigo est utile à toute sorte de choses.

Chacun sait à quoi sert un frigo. Chacun l’achète pour remplir la même fonction. Cependant, chez le voisin il sera américain, chez le cousin il sera rempli, chez le copain il sera vide… Parfois blanc immaculé, parfois rempli de dessin d’enfants, de photos, de magnets ou de petits mots. Parfois net, rangé et propre, parfois couvert de moisissures. Cave ou garde-manger. Le frigo fait bien plus que conserver les yaourts… Il reflète qui est son propriétaire souvent bien mieux que le miroir de l’entrée

Le frigo vit, au rythme des saisons, des anniversaires, des mariages, des départs en vacances ou des rentrées scolaires et même en fonction des épidémies ! Il va être rempli de champagne, fois gras et fruits de mer. Il va être fruité et laisser s’échapper la douce odeur sucrée des fraises ou au contraire celle un peu forte des fromages du nord. Il va être un peu pompette ou à la diète, abriter le poulet du dimanche ou la pizza froide du lendemain de soirée...
S’il pouvait parler, le frigo ferait savoir s’il apprécie la façon dont il est traité, s’il aime être nettoyé, renfloué ou vidé… Il nous dirait s’il préfère voir un des membre de la famille en particulier ou si un autre claque sa porte trop fort à son goût. Il aime probablement être le centre de l’attention, incontournable dans la maison, c’est peut être l’objet au narcissisme le plus assuré car il sait que sans lui nous serions perdus !

Ici, le frigo est bien apprêté et toujours vêtu de ses plus beaux atours : magnets souvenirs de vacances, cartes postales, photos, petits mots et emplois du temps ! Niveau esthétique, rien à redire, c’est lui le plus habillé ! Mais… la beauté extérieure ne fait pas tout… Un peu soupe au lait, le frigo blanc se sent parfois un peu frustré : il n’est approvisionné que lorsqu’il n’a plus rien à se mettre sous la dent. Alors, il profite de la vie, la croque à pleine dent afin de supporter les jours un peu gris.

mardi 24 mars 2020

Tri



Qu’il soit petit ou grand, c’est toujours pareil. Il accueille, thésaurise, transforme la matière. Le froid qui l’habite n’y change rien, certains éléments vivent et meurent dans son ventre. Ou plutôt vivent, développent de nouvelles formes, des odeurs. Le dessus de la confiture devient blanc, la salade se recroqueville, et le tofu rabougrit. 
 Ouvre moi, dit le frigo, partageons avant de perdre. Tu m’as tant donné, j’aimerai te rendre. Accepteras-tu à ton tour de recevoir ce que j’ai gardé pour toi? 
Après tant d’années à ranger avec minutie des merveilles qu’elle ne goûterait peut-être pas, elle profita d’une période d’arrêt pour ouvrir la porte du garde manger. Elle observa ses manques, nettoya le pourri, fit un grand tri. Ce jour là, après avoir fait face aux pertes et aux oubliés, elle décida d’ouvrir plus souvent cette porte derrière laquelle tant de bonne nourriture l’attend, et de mieux choisir, ce qu’elle y met dedans.




La cour de l'école




Dans sa classe, il y a toutes les couleurs. 
Dans son école, en bas des tours du quartier, ici encore plus qu’ailleurs, l’autre, c’est tout le monde. 
Dans cette banlieue, l’étrange, la saveur inconnue, le bizarre et le pas pareil sont partout. Elle baigne dedans depuis qu’elle est née. Et ne saurait s’en passer.
Chaque matin, elle retrouve Désiré, un de ses camarades, dans l'entrebâillement d’une porte ouverte sur la cour de l’école. Toujours, il balade son petit chariot transportant un lapin blanc au regard figé. Désiré n’est jamais vraiment descendu sur terre, une partie de lui est resté suspendue aux nuages. Son corps ne touche pas, il boit la matière, ce qui la rend parfois insupportable et le met très en colère. C’est au pied de cet arbre, qu’ils se rencontrent chaque matin.
Chaque matin, elle l’accompagne dans sa descente. Joignant sa main à la sienne, ensemble, ils traversent la cour de l’école. Tout au fond, près du grillage qui sépare petits et grands enfants, le tilleul est là, majestueux. Chaque matin, il les enlace. Les corps s’enracinent. Dans un battement atemporel, les deux enfants atterrissent en douceur, liant ciel et terre pour démarrer la journée. 

vendredi 20 mars 2020

The greatest show on earth





L’homme, infime partie du cosmos, quantité infinitésimale à l'échelle de l’univers, microscopique. Pourtant, il a eu la chance de naître sur la planète terre, une planète éclatante de couleurs, foisonnante d’êtres vivants, bouillonnante de vie et de diversité. Le passage de l’homme sur la terre n’est guère plus qu’un claquement de doigt à l’échelle de l’humanité, moins qu’un battement de cils à celle de l’univers. Il passe. C’est justement cette fugacité de son passage qui en fait toute la vulnérabilité, la poésie et la beauté…


Face à l’immensité de la mer, à la majestuosité des pierres, à la splendeur des éléments, au pouvoir de la nature mélangeant force et fragilité : l’homme ressent un sentiment de liberté, de grandeur, il a l’impression de faire parti d’un tout. Il voit la mer aux couleurs changeantes, toujours différente et pourtant la même, mer calme ou tumultueuse mais toujours débordante d’énergie, il voit la mer et les pierres changer de couleur selon le temps. Il sent l’iode, les algues. Il entend les vagues se fracasser contre la roche, les oiseaux se saluer et parfois la pluie s’écrasant sur les marches de la chaussée. S’il fait attention, l’homme peut goûter le sel sur ses lèvres. Il touche les pierres humides mais surtout il touche du doigt une partie d’histoire, de présent et de futur. Face à ces marches que la légende veut façonnées par un géant, l’homme se sent vivant. 


L’homme se sent vivant, faisant partie intégrante du cosmos. Alors, il sort son appareil photo, son téléphone ou même son carnet à croquis et capture un instant de vie, d’humanité, d’univers. Il gardera la photo sur lui ou la jettera, la regardera souvent ou l’oubliera, la gardera pour lui ou la montrera à tous. Mais il se souviendra de ce moment, de s’être senti complet, à sa place, en harmonie avec la terre. 

La casque




Sur sa chaise haute, elle trône au milieu de la cuisine. 

Une main prête à catapulter la purée, l’autre suspendue, le doigt dressé vers le ciel. 
Ce midi, son papa l’emmène en voyage. Il adore ça. Il crée des balades sonores et culinaires. Hier, il ont traversé un marché aux fruits sur fond de gong balinais, avant hier, les voix bulgares ont accompagné un ragoût d’agneau… Aujourd’hui, ils foulent les terres d’Afrique du Sud, carottes au cumin dans la cuillère.
Un casque sur la tête, la petite fille rencontre les zoulous et leur chant de célébration. C’est rigolo, cette langue qui claque, qui roule, qui poppe. Et ces voix graves, un choeur de papas qui racontent des histoires en polyphonie. Tout à coup, le grain de l’image devient ocre, transportant père et fille très loin, sur une place de village. Leurs pieds s’animent, battent la terre rouge en rythme. Les particules se soulèvent. La purée part. 
C’est la franche rigolade.